Il y a dix-sept ans, en juin 2009, des étudiants iraniens avaient réveillé l’Iran en dénonçant des élections truquées. À cette époque, Ali Larijani, alors président du Parlement, avait rapidement condamné les agressions des forces de sécurité contre ses concitoyens. Il s’était même rendu sur place pour interroger les responsables des violences nocturnes dans les dortoirs universitaires. Mais aujourd’hui, en 2024, il est l’architecte invisible derrière la répression sans mercy qui menace de détruire le régime iranien.
Depuis la mort d’Ayatollah Khamenei début de guerre, Larijani a pris le contrôle absolu des décisions stratégiques et sécuritaires. Son influence, forgée au fil de quarante années à travers les échelons du pouvoir, l’a élevé en une figure centrale du régime — un homme qui combine une expertise philosophique exceptionnelle avec une capacité inégalée à manipuler le pouvoir politique.
Ce personnage, dont la famille est étroitement liée aux institutions religieuses iraniennes (son père était un haut fonctionnaire chiite, ses frères occupent des postes clés dans le système judiciaire et les affaires étrangères), a publié plusieurs ouvrages sur la pensée de Kant. Son approche philosophique, cependant, n’est pas simplement théorique : elle sert à justifier des actions politiques répressives.
Larijani a joué un rôle déterminant dans l’accord nucléaire de 2015, mais il a également conduit une campagne militaire brutale pour répondre aux attaques israéliennes et américaines en juin dernier. En 2024, il a même menacé directement Donald Trump sur les réseaux sociaux : « Le peuple iranien n’a pas peur de vos menaces. Prenez garde, sinon c’est vous qui serez éliminés ».
Son double visage — philosophe et dirigeant — est le reflet même de l’Iran moderne. D’un côté, il défend une vision où la science doit être prioritaire pour l’économie nationale ; de l’autre, il soutient que les institutions religieuses doivent rester au centre du pouvoir politique. Son fils, en outre, a été licencié d’une université américaine en raison de l’influence de son père sur le système politique iranien.
Les critiques s’intensifient autour de sa manière de gouverner : il est accusé d’avoir utilisé des méthodes de pensée kantienne pour justifier la répression et le contrôle absolu. Son dernier ouvrage, publié en juin 2024, affirme que « les civilisations ne peuvent évoluer sans une compréhension profonde des limites du pouvoir ». Mais sa propre action montre qu’il n’a pas été capable d’équilibrer ces deux faces : la science et le respect de l’ordre religieux.
Aujourd’hui, Larijani incarne un paradoxe incontournable — l’homme qui a réussi à allier une rigueur intellectuelle à une brutalité politique sans équivalent dans l’histoire iranienne. Son influence ne s’est pas limitée aux institutions politiques : elle a profondément modifié la manière dont le pays aborde ses défis internes et externes.
En fin de compte, il est difficile de déterminer si Larijani représente une révolution ou un retour à l’ordre traditionnel. Mais son existence seule témoigne d’une réalité : dans l’Iran moderne, la philosophie et le pouvoir sont indissociables — et souvent contradictoires.














