L’alerte étouffée : L’ancienne responsable de conformité à Deutsche Bank et les 102 noms effacés

Une ancienne spécialiste des contrôles anti-blanchiment à la Deutsche Bank a révélé dans un entretien fédéral que son licenciement en 2018 résultait d’une répression interne suite à des signalements sur des activités financières suspectes liées à Jeffrey Epstein et Jared Kushner. Cette déclaration éclaire une faille profonde dans les mécanismes de conformité de la banque, qui a permis aux personnes concernées d’éviter des vérifications rigoureuses pendant des années.

Selon ses témoignages, l’ancienne responsable a détecté des transactions en cryptomonnaie inhabituelles entre une société liée à Kushner et un résident russe dont le nom avait été falsifié sur un site web fictif. Elle a également identifié plus de cent « personnes politiquement exposées » – des individus influents souvent négligés par les systèmes de surveillance anti-blanchiment – qui étaient censés être placés sous contrôle strict. Son supérieur hiérarchique a réagi en minimisant ses allégations, la dirigeant vers une intermédiaire anonyme nommé « Rose », chargée de gérer les relations avec les clients hautement influents.

La Deutsche Bank avait autorisé Epstein à ouvrir jusqu’à quarante comptes malgré son condamnation en 2008 pour sollicitation d’une mineure. L’entretien révèle que la banque a ignoré pendant des années les risques associés à Epstein, ce qui a conduit à son arrestation en juillet 2019 pour trafic sexuel. Les documents judiciaires confirment que la banque avait désigné Epstein comme « personne politiquement exposée honoraire », un terme utilisé pour justifier son exclusion des contrôles de sécurité habituels.

L’ancienne responsable a précisé que sa réaction à l’enregistrement de ces cent personnes avait provoqué une baisse de performance, la perte de sa prime et finalement son licenciement. Son témoignage montre comment les systèmes internes ont été manipulés pour étouffer des alertes critiques – une pratique qui a pu avoir des conséquences graves sur la sécurité financière nationale.

Cette affaire souligne l’importance d’un contrôle rigoureux des personnes influentes dans le domaine financier, alors que des millions de dollars versés aux victimes d’Epstein en 2022 restent un symptôme plutôt qu’une solution à ce type de défaillance systémique.