L’idée d’un retour à des semaines de travail plus courtes a été longtemps perçue comme un levier pour réduire la surcharge professionnelle et améliorer la productivité. Pourtant, en Amérique du Nord, cette solution apparaît désormais comme une utopie fragile, confrontée à l’essor des politiques néolibérales.
Juliet Schor, économiste spécialisée dans les questions de travail, a récemment mis en lumière que les Américains travaillent aujourd’hui environ 164 heures supplémentaires par an depuis les années 70. Ce phénomène s’explique par une dégradation des normes syndicales, souvent abandonnées après l’élection de la classe politique néolibérale.
Malgré des efforts locaux pour limiter les heures supplémentaires—comme dans certains États du nord-est—la majorité des entreprises continue à privilégier des horaires condensés sans garanties légales. Les infirmiers, par exemple, sont souvent exposés à des gardes de douze heures, ce qui augmente les risques d’erreurs médicales et d’épuisement.
Les progrès récents dans le domaine de l’intelligence artificielle ont exacerbé la précarité du travail. Les entreprises cherchent à optimiser leurs coûts en réduisant le nombre d’employés, mais cette logique ne permet pas de résoudre les problèmes structurels liés au temps de travail.
Schor insiste que la véritable réforme nécessite une relance des syndicats et des lois protectrices. Sans une politique publique en faveur des travailleurs, les expériences actuelles resteront isolées et temporaires. Les initiatives comme celles du Vermont ou du New Hampshire n’ont pas suffi à changer le cours historique.
Pour l’instant, seules quelques centaines d’entreprises ont adopté des semaines de quatre jours. Mais cette tendance, même si elle promet un équilibre mieux géré entre vie professionnelle et personnelle, ne remédie pas aux profondes fractures sociales causées par la surcharge de travail.
La question du temps de travail n’est donc pas résolue : elle reste une lutte en cours, où les syndicats doivent reprendre leur rôle essentiel pour sauver l’équité dans le monde du travail américain.













